Au terme de ces développements, il est aisé de se rendre compte que le processus
d’intégration économique des Etats membres de la CEMAC peine à franchir le cap de la
première étape de sa réalisation.
En l’état de son fonctionnement actuel la Communauté apparaît non pas comme
une organisation d’intégration supranationale à même d’impulser « le passage d’une situation
de coopération à une situation d’union » mais davantage comme une organisation
intergouvernementale marquée par l’égoïsme et l’emprise des Etats membres sur ses
institutions qui, dès lors, jouent difficilement leur rôle prééminent dans la mise en oeuvre
d’une politique réaliste d’intégration.
L’UEAC ne jouit pas d’une pleine autonomie d’action ; le Secrétaire Exécutif et le
Parlement Communautaire n’ont pas le poids politique effectif et ne disposent pas non plus,
tout comme la Cour de Justice, d’un mécanisme d’injonction et de sanction susceptible de
contraindre les Etats, les autres Institutions et organes de la Communauté au respect des
décisions communautaires ; l’exécution de ces décisions accuse dès lors une faiblesse notoire.
Préoccupée certainement par l’insuffisance des stratégies et des méthodes appliquées
jusqu’alors, la Conférence des Chefs d’Etat a commandé une étude sur la réforme du
fonctionnement des institutions et organes de la CEMAC lors de sa réunion tenue en mars
2006 à Malabo en Guinée Equatoriale.
Un encadrement juridique pouvant assurer à ces Instituions et organes une
indépendance, une structuration et une fonctionnalité nécessaires à la recherche et à la protection de « l’intérêt commun » s’avère indispensable autant qu’un redéploiement
conséquent des ressources humaines
La nouvelle dynamique de l’intégration économique et monétaire des Etats
membres reste tributaire de l’adéquation entre l’ambition intégrationniste du Traité et les
pouvoirs conférés aux Institutions et organes chargés de la traduire dans les faits.
Certes la construction d’une Communauté économique et monétaire est une oeuvre
de longue haleine ; elle ne se fait pas « d’un coup », mais « progressivement par des
réalisations concrètes et irréversibles, créant des solidarités de fait » comme le faisaient
remarquer déjà Jean Monnet et Robert SCHUMAN, à propos de l’Union européenne [1].
Mais par delà le renforcement des institutions et organes communautaires et de
leurs financements, on ne saurait plus longtemps faire l’économie dune vigoureuse réflexion
tant sur l’adhésion constante des populations à l’idéal communautaire, que sur la corrélation
entre le processus graduel d’intégration et l’approfondissement de l’ancrage démocratique des
Etats membres, appelés à s’adapter aux mutations politiques économiques et sociales de
l’environnement international.
C’est dire combien le projet d’intégration des Etats de la CEMAC interpelle
toutes les intelligences dont regorgent si heureusement la sous région.
Les intellectuels et les jeunes notamment devraient s’approprier ce projet et
apporter, au mieux de leurs talents, un éclairage novateur aux bâtisseurs que sont les Hommes
d’ Etat, les créateurs des richesses etc.
En tout état de cause la réussite du projet d’intégration des Etats membres de la
CEMAC reste tributaire d’une volonté politique éclairée, ferme et attentive.